Le Livre de la Nouvelle Mariée (Québec, 1934)


Le prochain ouvrage étudié par le groupe de cuisine historique nous parvient de notre collègue Stéphanie O'Neill, historienne des femmes, de la famille et de la consommation au Québec. Il s'agit du Livre de la Nouvelle mariée, qui appartenait à son arrière grand-mère. Cette dernière, comme vous pourrez le constater, a même a pris soin d'y ajouter de ses propres recettes dans les espaces réservés à cet effet.



Le Livre de la jeune mariée est un "guide de solutions" publié par la compagnie publicitaire Brandow de Montréal et est une traduction du Bride's book, ayant premièrement vu le jour en 1928. Il représente bien deux tendances de l'époque, soit celle des livres de recettes d'entreprises et celle des guides de ménagère offerts aux jeunes femmes de la province dans le cadre de leurs cours de sciences domestiques. Le plus connu et le plus réédité de ceux-ci étant La cuisine raisonnée, publié en 1919 par la Congrégation de Notre Dame. (Coulombe, 513)

Offert "à l'occasion de votre mariage par les manufacturiers et les hommes d'affaires de haute réputation, dont les annonces figurent dans ces pages", ce livre tente de simplifier les choix de la jeune mariée chargée des achats quotidiens du foyer. Il affirme dans le "mot à la mariée" que "ce n'est généralement qu'après plusieurs années d'expérience désabusantes, que la Mariée apprend où acheter le plus avantageusement possible." et que "Cette perte de temps et d'argent lui est maintenant évitée. [qu'elle] peut, en toute sécurité, patroniser n'importe laquelle des maisons qui figurent dans ce livre."(p. 7)






Quoique le livre soit hautement financé par les commerçants, la présence de l'Église catholique y est indéniable, présentant dès les premières pages une image du pape, des archevêques de la province, ainsi qu'un mot de l'Église catholique signé par le père Adélard Dugré.



Vers la fin du livre, à la suite des recettes, des conseils sur l'hygiène et la santé de la famille et des lois matrimoniales de la province du Québec (!) une section entière est dédiée à la préparation à l'accouchement. L'inclusion de cette section reflète grandement la tendance sociale et culturelle de l'époque, qui encourage les femmes enceintes à fréquenter les institutions hospitalières plutôt que de faire appel aux services d'une sage femme. On valorise les connaissances scientifiques au détriment de l'expérience et du vécu. Selon l'historienne Denyse Baillargeon, on "cherche à moderniser le maternage en lui donnant un fondement scientifique, tout en confirmant les femmes dans leur rôle traditionnel de mère." (Baillargeon, 140)



Quoiqu'on aurait pu s'attendre à davantage de recettes canadiennes-françaises dans ce livre, une seule page est dédiée aux "recettes d'habitants". Heureusement, ce manque est comblé par les nombreuses pages vierges remplies soigneusement à la main de recettes personnelles et familiales.

"Gros comme un oeuf de beurre"


Un merci tout spécial à Stéphanie et sa famille pour ce bijou de livre!


Bibliographie 

Baillargeon, Denyse. Brève histoire des femmes au Québec. Montréal: Boréal, 2012.

Coulombe, Caroline. "Entre l'art et la science: la littérature culinaire et la transformation des habitudes alimentaires au Québec" Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 58, no 4 (2005): 507-533.

Driver, Elizabeth (ed.). Culinary Landmarks: A Bibliography of Canadian Cookbooks, 1825-1949. Toronto: University of Toronto Press, 2008.


(Texte par Carolynnn McNally et Emili Bellefleur)

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