Avec des pattes de cochon et un sac de bas, on n'est jamais pauvre!


Mon grand-père n'était pas un homme à faire des cadeaux, mais un jour il a annoncé à ma mère qu'en faisant le grand ménage de sa maison, il avait trouvé des choses pour moi et elle. On ne savait pas trop à quoi s'attendre lorsqu'il est arrivé chez nous avec une boîte du Eaton's et un sac d'épicerie.

Il m'a offert le sac en me disant "Une fille comme toi sait certainement quoi faire avec ça!" Puisque c'était ma dernière année de bacc, je me suis dit que c'était un cadeau de graduation. Ou, puisque j'étudiais en histoire, qu'il voulût peut-être partager des trésors ou des souvenirs oubliés de son passé. J'ai ouvert le sac pour y retrouver des bas. De vieux bas blancs troués - ayant perdu leurs partenaires au fil des ans.

Ma mère, pour sa part, a reçu la boîte du Eaton's (magasin fermé depuis au moins quinze ans). C'était une collection de serviettes en papier du St-Hubert. Depuis le décès de ma grand-mère, mon grand-père passait tous ses midis à ce resto (les serveuses ne le dérangeaient pas quand il s'endormait à la table). Tous les jours, lorsqu'il quittait sa table, il s'assurait de ramasser les trois autres serviettes n'ayant pas été touchées puisqu'autrement, il disait, ils allaient à la poubelle. Il les mettait ensuite de côté pour ma mère puisqu'il savait qu'elle accueillait souvent des invités à souper... et des serviettes du Saint-Hubert seraient certainement utiles.

"C'est sa génération!" on s'est dit une fois qu'il était rentré chez lui. Il voulait nous léguer toute la cochonnerie qu'il n'était pas capable de jeter. On me dit que c'est commun chez la génération ayant vécu la Grande Dépression d'avoir une certaine phobie du gaspillage. C'est quand même la génération qu'était capable de transformer des sacs de farine en oreillers. Ou, la génération qu'attendait patiemment le père Noël pour recevoir leur orange annuelle.

Autre que l'orange qui l'attendait sous l'arbre, je connais très peu au sujet des Noëls à mon grand-père comme garçon. Je ne sais pas si sur leur ferme en Gaspésie, sa famille fêtait avec des plats traditionnels québécois comme le ragout aux boulettes et pattes de cochon. Si oui, la tradition ne l'a pas suivi lorsqu'il est déménagé au Nouveau-Brunswick.


Le Livre de la nouvelle mariée nous présente une seule page de "cuisine d'habitants". On y retrouve une soupe aux pois, une tourtière et un ragoût de rognons de boeuf. Puisque les deux recettes étaient liées une à l'autre, j'ai combiné les boulettes avec le ragoût aux pattes de cochon. Même si ce plat traditionnel ne s'est jamais retrouvé sur notre table à Noël, je pense que mon grand-père aurait apprécié un ragoût mettant en vedette une coupe de viande à bon marché.


Dans un chaudron, j'ai d'abord bouilli les jarrets de porc pour deux heures. J'ai, pendant ce temps, grillé la farine FIVE ROSES (produit recommandé par le Livre de la nouvelle mariée) à 350 degrés, pour environ une heure.




J'ai ensuite préparé les boulettes en combinant 2/3 de porc haché, 1/3 de boeuf haché, la moitié d’un oignon, la farine grillée, la moutarde, le sel et le poivre. Une fois le tout mélangé, j'ai trempé les boulettes dans les oeufs et je les ai roulées dans la chapelure. Je les ai ensuite déposées dans un poêlon avec de l'huile végétale jusqu'à ce qu'elles soient presque brûlées.



Pour le bouillon, j'ai d'abord chauffé un oignon coupé en petits cubes et trois gousses d'ail dans un chaudron avec un peu d'huile végétale. J'ai ajouté quatre tasses d'eau, un peu de moutarde et une demi tête de chou. J'ai laissé mijoter environ 20 minutes pour ensuite ajouter les boulettes. J'ai déglacé mon poêlon avec un peu d'eau pour récupérer toutes les petites miettes de viande brûlée. J'ai laissé mijoter le tout pour un autre 20 minutes (ou assez de temps pour dépecer les jarrets).



J'ai ajouté la viande des pattes et le restant de la farine grillée avec un peu plus qu'une tasse d'eau et j’ai laissé cuire à petit feu pour épaissir le ragout.



Bien que ce plat est traditionnellement canadien-français, chaque famille et chaque cuisinier préfèrent leur variation de la recette. J'ai apprécié la simplicité des ingrédients dans cette version du ragoût. J'ai surtout aimé le petit goût qu'ajoutait le chou au bouillon.

Si vous préférez quelque chose de plus extravagant, vous pouvez tenter la recette de Martin Picard (disponible ici). On s'entend que le chef du resto Au Pied de Cochon n'est certainement pas étranger aux jarrets de porc. Sa recette paraît bien plus appétissante que celle du Livre de la nouvelle mariée. La crème, le saindoux, le beurre, les croustillants du pied de cochon. C'est très riche.

Peut-être trop même pour ceux qui, comme mon grand-père, ont passé une décennie à se serrer la ceinture. Mais, peut-être pas assez pour ceux qui fêtent le Mardi gras ce soir. Un peu de bacon ne fait pas de tort avant un carême.

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