Pâques dans nos assiettes


En entrevue à Radio-Canada cet après-midi, Emili Bellefleur nous a présenté de délicieuses petites bouchées historiques au sujet de la fête de Pâques. Les voici: 

Habituellement célébré le dimanche, jour de résurrection du Christ, le repas de Pâques peut sembler directement lié au christianisme. Après tout, l’histoire nous démontre que la religion a souvent eu recours à la nourriture pour rassembler une communauté et se forger une identité (via les tabous, aliments sacrés, repas de célébration, etc.). Ce ne sont cependant pas tous les aliments et les traditions de Pâques qui tirent leurs origines de la religion. Beaucoup de symboles nous parviennent des rites païens associés au solstice du printemps. Les célébrations entourant la Semaine sainte, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est le résultat de l’évolution de ces traditions religieuses et païennes à travers l’ère industrielle du 19e siècle.

Pâques tire son nom de la déesse anglo-saxonne du printemps et de la lumière, Éostre (Easter). À l’occasion de l’équinoxe du printemps, de petits pains épicés lui étaient laissés en offrande pour une année fertile. Ces pains, d’origine grecque, sont ceux que l’on connait comme la brioche du carême (hot cross bun). La croix sur le dessus aurait représenté, à ce temps, soit les quatre saisons, soit les quartiers de la lune. De nos jours, il est habituellement cuisiné le Vendredi saint. Dans certains pays, on dit que les brioches cuisinées cette journée précise auraient la propriété de pouvoir se conserver jusqu’à un an sans moisir. C’est ainsi que certaines maisonnées conservent une brioche du carême pendant toute l'année afin d'attirer la bonne fortune et de protéger des incendies.

Différents pains briochés ont vu le jour plus tard dans les pays catholiques de l’Europe de l’Est et du Sud, puisqu’ils sont riches en œufs, ingrédient disponible en abondance après le carême. Les pains sont tressés à l’image de symboles religieux (croix, couronne, colombe, etc.) et offerts en rappel à la Cène, dernier repas du Christ, où il partage le pain avec ses disciples.

Les œufs ont aussi une place d'importance dans les célébrations de Pâques. Ils sont le symbole de la fécondité, de la renaissance et du renouveau et sont à la fois très présents dans la mythologie et dans l’histoire religieuse.




On compare souvent la résurrection du Christ, sorti de son tombeau scellé, au poussin qui éclos de l’œuf, mais dans de nombreuses civilisations c'est le monde entier qui serait né de l’œuf (l’œuf cosmique). Aliment symbolisant la renaissance, il est coutume depuis bien avant le christianisme d’offrir des œufs décorés au printemps. L’Ukraine est probablement l’un des pays à qui l’on associe davantage cette tradition (Pysanka), mais des œufs peints auraient été découverts dans des tombeaux datant de l'Égypte antique et on aurait même retrouvé en Afrique australe des œufs d'autruche décorés ayant plus de 60 000 ans. L’œuf peint en rouge dans le christianisme représente le sang du Christ, alors qu’en Chine cette pigmentation symbolise le bonheur et une longue vie. Il est d'ailleurs coutume d'offrir des œufs rouges en guise de célébration à la naissance d'un enfant ou le jour d'un premier anniversaire. Dans sa forme la plus luxueuse, les œufs Fabergé commandés par le Tsar Nicholas - dernier empereur de la Russie - pour offrir à sa femme sont inégalables.



Considérant ce qui a déjà été dit, on peut comprendre que la découverte d’un œuf soit signe de chance et de richesse depuis le début des temps. Si les poules sont laissées en liberté, cela signifie qu’elles pondent leurs œufs ci et là. De trouver un œuf avant que la poule ne l’ait couvé est tout comme trouver un trésor caché. D’où l’une des explications de la tradition de la chasse à l’œuf. En Amérique du Nord, depuis le 18e siècle, on dit aux enfants que c’est le lapin qui cache les œufs la veille de Pâques. Cette coutume fut apportée par les allemands ayant immigré aux États-Unis. En Belgique et dans le Sud de la France, ce sont les cloches de Pâques – silencieuses depuis le Jeudi saint – qui distribuent les œufs rapportés de leur périple à Rome.

Aux États-Unis, la maison blanche de Washington organise chaque lundi de Pâques depuis 1878 le « Egg Roll », initié à l’époque par le président Rutherford B. Hayes. C’est la plus ancienne tradition présidentielle de la maison blanche, annulée que pendant les deux guerres mondiales et à quelques reprises par cause de mauvais temps.




Pour certains aliments qui se retrouvent sur notre table à l’occasion de Pâques, il ne faut pas chercher bien loin pour une explication. Le lapin, par exemple, est un animal qui représente la fertilité à l’arrivée du printemps. Il est l’un des seuls symboles n’ayant jamais vraiment été interprétés par la religion catholique.

L’agneau, pour sa part, symbolise tout simplement le Christ, agneau de Dieu. Si l’on veut absolument trouver autre chose, on pourrait dire qu’il représente le Sacrifice de l’agneau commandé aux Hébreux avant la traversée de la mer rouge. Dans certains pays d’Europe, le « nouvel agneau » était prêt à manger au printemps, tout simplement.

Le porc, quant à lui, est considéré comme un symbole de bonne fortune depuis bien avant l'arrivée du christianisme, et ce dans plusieurs pays d'Europe. En Amérique du Nord, certains croyants qui observaient le carême se privaient de porc pendant les mois de jeune. La viande devait donc être traitée afin d’être conservée plus longtemps. Un long processus, qui se résumait au printemps, en temps pour les célébrations pascale. Faisant du jambon un choix naturel pour le repas de Pâques tout comme les festivités du solstice.

Qu’en est-il de toutes ces sucreries qu'on offre aux enfants? En Europe, on peut trouver des recettes datant du début des années 1800 qui expliquent comment confectionner des coquilles d'œufs confits. On y suggère à l’époque de mettre des imitations de fruits ou des petits cadeaux à l'intérieur, coutume popularisée à Paris. Au Canada et aux États-Unis, c’est la révolution industrielle du 19e siècle qui commercialisera la tradition d’échanger des bonbons pour Pâques, tout comme il en a aussi été le cas pour la Saint-Valentin. L’utilisation de moules de métal élargit considérablement l’offre en chocolats de toutes formes, souvent à l’image des symboles déjà établis pour la fête de Pâques (lapin, poussin, agneau, œuf, etc.). En Australie, le Bilby de Pâques remplace maintenant le lapin. Un effort de lutte contre l’extinction du premier et la prolifération du deuxième.



En 2013, plus de 4 millions de tonnes de cacao furent consommées à travers le monde. Ce qui représente un bond de 32 % en à peine dix ans. Certains s’avancent pour dire que si les prix ne sont pas ajustés pour refléter la demande en constante croissance, nous pourrions faire face à une pénurie de chocolat d’ici 2050. Serait-ce bientôt la fin du chocolat de Pâques? Serons-nous limités au fameux Peeps, qui se retrouve sur nos tablettes depuis 1953? Quoi qu’il en soit, nous ne serons certes pas à court de traditions s’il advient que le chocolat doive être remplacé!



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