Trois soeurs, une orpheline et un pudding à la courge


Comme l'a si bien démontré Alex dans son introduction d'American Cookery, l'originalité de ce texte est que son auteure, Amelia Simmons, est la première à mettre en vedette des ingrédients que l'on retrouvait spécifiquement en Amérique - le maïs étant le plus prépondérant de ceux-ci.

La courge en est un autre exemple et était cultivée par les Amérindiens bien avant la publication d'American Cookery et bien avant le premier contact entre eux et les Européens.

En fait, la courge est une des "trois sœurs": un élément essentiel à une technique agricole mixte de cultures complémentaires. Les deux autres sœurs sont le maïs et le haricot grimpant.

La technique est simple. D'abord, on sème les graines de maïs. Une fois que celles-ci atteignent une hauteur désirable, on plante à sa base les haricots et les courges. Les tiges du maïs servent de support aux haricots grimpants. La courge, elle, couvre le sol avec son feuillage, empêchant à la fois les mauvaises herbes de pousser et au sol de se dessécher.

En plus d'agir en tant qu'écosystème autosuffisant, les produits des trois sœurs assurent une alimentation équilibrée. Les haricots offrent des protéines et un acide aminé absent dans le maïs. Les courges, pour leur part, sont une source de vitamines et de lipides.

Selon les légendes amérindiennes, les trois sœurs sont inséparables. Elles symbolisent le cycle de la vie et l'équilibre nécessaire pour la survie de l'individu et du peuple.

Bien que les premiers colons en Amérique furent impressionnés par l'agriculture entreprise par les Amérindiens, ils ont vite établi des jardins de style britannique dégroupant les trois sœurs dans des rangs séparés.

De tels jardins fournissaient tous les légumes frais pour une cuisine telle que celle chez George Washington à Mount Vernont,



American Cookery offre qu'une section très courte sur le jardinage. Simmons affirme qu'un plus long texte "would better suit a treatise on agriculture and gardening than this - and be inserted in a book which would be read by the farmer, instead of his amiable daughter."

Elle ne fait aucune mention des méthodes d'agriculture amérindiennes et n'explore pas les origines des "aliments américains" qu'elle incorpore dans ses recettes. En d'autres mots, les trois sœurs n'ont pas de place dans le texte de la "American Orphan".

Moi, je n'ai pas de sœurs, mais trois frères. Je comprends le concept de s'appuyer sur les autres pour se permettre de grandir. Mes grands frères ont agi plus d'une fois comme le maïs. Ils ont aussi tous les trois empêché plus d'une fois à de "mauvaises herbes" de s'établir à mes côtés. J'aime croire que je contribue aussi à leurs épanouissements, même si parfois on dirait que mon seul rôle est de s'assurer qu'ils n'oublient pas la fête de notre mère.

La symbiose entre sœurs (et frères, dans mon cas) serait inconnue à Simmons. Orpheline, elle s'est faufilée seule dans les rangs de la société américaine en construction.

Son discours reflète sa réalité puisqu'il est visé aux femmes obligées de faire le même trajet sans appui familial :

"It must ever remain a check upon the poor solitary orphan, that while those females who have parents, or brothers, or riches, to defend their indiscretions, that the orphan must depend solely upon character."

Pour les orphelines de la prochaine génération d'Américaines, elles doivent avant tout avoir "an opinion and determination of [their] own."

La courge est donc présentée par Simmons sans ses soeurs.

A Crookneck, or Winter Squash Pudding.
Core, boil and skin a good squash, and bruize it well; take 6 large apples, pared, cored, and stewed tender, mix together; add 6 or 7 spoonsful of dry bread or biscuit, rendered fine as meal, half pint milk or cream, 2 spoons of rose-water, 2 do. wine, 5 or 6 eggs beaten and strained, nutmeg, salt and sugar to your taste, one spoon flour, beat all smartly together, bake. 


J'ai suivi la recette à la lettre - mais j'ai refusé d'y ajouter de l'eau de rose - on dirait qu'on en retrouve dans toutes les recettes du 18e siècle! J'ai aussi omis le vin ... mais seulement parce que j'ai oublié d'en ramasser à l'épicerie.

D'abord, les biscuits. Je n'ai pas pu m'empêcher d'en manger un en préparant les autres pour le pudding.



J’ai ensuite ajouté la courge, les pommes et les épices. Et, voilà.



Je ne suis pas entièrement convaincue que les biscuits sont nécessaires, mais c'est peut-être une façon de faire passer des restes de biscuits ... mais, bon, moi ça ne m’arrive jamais.

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